ENDOCRINOLINE

Le journal de mes humeurs

08 juin 2006

Nouveau départ

Dernières nouvelles, au sens propre comme au sens figuré...
J'ai obtenu le poste que je désirais temps. Je n'en reviens toujours pas. Je commence en juillet. J'espère juste être à la hauteur et ne pas me faire virer au bout des 2 mois d'essai...
Une nouvelle vie commence pour moi.
Entre le festival, mon Mémoire qu'il va bien falloir finir, et mon déménagement à Aix, je vais être très occupée. Plus le temps de m'interroger, de chercher, de douter, d'analyser, etc. J'ai donc décidé d'arrêter le Blog d'Endocrinoline. Peut-être que j'en ouvrirai un nouveau d'ici quelques temps. J'espère juste qu'il ne parlera plus de TCA.
Je tenais juste à vous remercier pour votre douceur et votre soutien. J'espère que les choses iront rapidement mieux pour vous, et je vous souhaite tout le bonheur que vous méritez. Je garderai un oeil sur vos blogs et je prendrai des nouvelles de temps en temps.
Vous pouvez toujours m'envoyer un petit mail si le coeur vous en dit.

Bonne chance à toutes!

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07 juin 2006

Reloaded

Ca va mieux ce matin. J'ai travaillé tard hier soir, afin de m'avancer dans les publications du blog, et j'ai peu dormi (je me suis réveillée à 5h10!), mais ça va, j'ai l'esprit curieusement clair.
Je m'apprête à aller faire une petite heure de cardio, histoire de me détendre un peu, et d'empêcher les deux parts du délicieux clafoutis aux cerises que j'ai préparé sur les coups de 11 heures du soir (!), de venir se caler sur mes cuisses.

Je suis en train de recharger mes batteries (au sens propre comme au sens figuré!) Regonflage express de moral à l'helium. L'instinct de survie reprend toujours le dessus. Juste le temps d'affronter les loups, de nager jusqu'au rivage, de courir pour échapper aux flammes... Un bon coup d'adrénaline. Juste pour tenir. Je m'effondrerai à nouveau ce soir, en rentrant.

Au fait, ça fait pile 3 mois aujourd'hui...

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06 juin 2006

Camera obscura

Putain! Je commence sérieusement à en avoir marre!
C'est moi qui suis complètement conne, mes questions sont débiles, je saoûle tout le monde, je m'y prends mal?! Tout le monde le pense mais  personne n'ose me le dire en face, c'est ça?!
Ce soir, encore un remarque (décou)rageante de L., sur MSN: "C'est toi qui fais les photos?" (Sous-entendu: elles sont vraiment nazes tes photos.) Je sais qu'il le pensait, parce que dès que je lui ai confessé que moi-même, je ne les trouvais parfois pas terribles, trop "amateur", style "photos de vacances", il s'est spontanément exclamé: "C'est clair!" Tant de coeur, ça fait mal.
Je me suis gentillement faite envoyer sur les roses par un auteur-éditeur. Bon, ok, j'insiste pas puisque visiblement, je te saoûle. On a qu'à dire qu'on leur a déjà posé la question 10 fois et qu'ils en ont marre. Rien contre moi en particulier. Allez, emballé c'est pesé, on passe à la doléance suivante.
En revanche, un truc qui me réconforte, c'est de voir à quel point mon frère me soutient. Il m'a même proposé de m'aider à réaliser ces foutus montages photo que je n'arrive pas à faire. Il me conseille de me lâcher sur le blog. De rajouter du sexe et de la vulgarité, parce qu'après tout, y a que ça qui marche. L'a pas tort. Voilà donc ce qui me reste à faire: faire forniquer des hérissons avec des éponges et éjaculer des bouteilles de shampooings. C'est ça qui remplit les stades. Ok. Comme P., mon frère me conseille également de leur demander franchement si c'est bien la peine de me donner tant de mal pour un truc que je n'arrive pas à faire décoller. Peut-être vaudrait-il mieux que je m'arrête tout de suite au lieu de perdre mon temps et de faire perdre leur temps à de nombreux professionnels?... La réponse à cette question me fait terriblement peur. Un "oui" reviendrait à déverser sur moi la pelleté de terre qui finira par m'enterrer. J'ai échoué. Lamentablement. Je me sens ridicule. Je me suis décrédibilisée au yeux de tous: partenaires, amis, professionnels. Il ne me reste plus qu'à me faire poser un faux menton, des fausses pommettes, à me teindre en blonde et à quitter discrètement le pays, incognito. Je ne suis décidément pas faite pour ce type de job. J'ai eu beau y mettre tout mon coeur, toute mon énergie, je n'ai même pas été capable de produire un truc correct. Je vais continuer, non pas parce que ça m'amuse ou parce que j'y crois encore, mais par respect pour toutes les personnes qui ont eu la gentillesse (et la bêtise) de me faire confiance, pour toutes celles qui m'ont accordé du temps... Pour que ces personnes-là n'aient pas fait tout ça pour rien.

J'ai complété mon dossier pour le LARP aujourd'hui. Ca a été beaucoup plus rapide et beaucoup plus facile que je ne le pensais. Une année de sursis. Une dernière année à la fac, avant de me jeter dans le vide. Avant d'essayer de me trouver un job correct, juste pour payer le loyer. Parce que de toutes manières, il ne faut même pas que j'espère trouver mieux, valoir plus. Bonne à rien, propre à rien, salariée sale à rien. C'est facile les jeux de mots.

J'ai l'impression de ne pas être armée pour vivre dans ce monde. Je ne supporte aucune pression, je m'écroule sous la moindre responsabilité, je ne respecte jamais mes engagements... Je suis une véritable handicapée sociale. Une invalide, une assistée. Vouée à rester sous tutelle toute sa vie. Une partie du cerveau en moins, un grand appel d'air, là, juste entre les deux oreilles. Ca fait gling-gling quand je secoue la tête. L'écho, probablement.
Je m'effondre sur moi-même comme une étoile qui vient d'exploser. Je m'affaisse, je me délite, je pars en morceaux, je le sens bien, je pars avec le bébé et l'eau du bain. Tout ce casse la gueule. Grande rasade de dominos. Ca dégringole en cascade, avec des bruits d'osselets qui s'entrechoquent. Comment on fait, déjà, pour tenir debout, pour tenir droit, pour tenir bon?

Je donne le change, évidemment. Je convertis mes larmes en sourires, j'ai juste l'air un peu boudeuse, un peu grognon, un peu fatiguée. Tiens, voilà la monnaie de ta pièce. Je ne veux rien devoir à personne. Les bons comptes font les bons amis. Il faut continuer. Je n'ai pas le choix. Et même, j'ai envie de faire comme si je ne l'avais pas. Prendre de l'élan, gagner en vitesse, faire confiance au principe d'inertie, et foncer dans le mur. Jamais eu le courage de le faire en vrai, à cause de cette petite lueur d'espoir, là, nichée dans ma poitrine. Sale petit insecte, foutue petite luciole. Ca brille, ça vrombit, et ça sait même pas pourquoi. J'aurais pu me faire plus de mal encore. Me découper en rondelles, me prendre pour un ange du haut du quatrième étage, me bourrer de confettis... Je l'ai jamais fait. Jamais eu le courage. Parce qu'elle était là, encore, malgré tout, malgré les tempêtes qui grondaient dans ma tête et dans ma poitrine, malgré les déluges de larmes, les tsunamis d'angoisse. Sert à rien. Eteins-toi. Laisse-moi me perdre dans ma propre obscurité. Laisse-moi croire ce que j'écris. Sombrer une bonne fois pour toutes, me noyer dans le verre de mes larmes.

Demain, j'aurai oublié. Comme après une bonne cuite. Quoique... Moi l'alcool me rend drôlement lucide.

Posté par Endomorphine à 23:50 - Bile jaune - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Saisie en plein vol par le vertige de ses mots, que je ne m'attendais pas à trouver si beaux ni si justes. Deux pages inspirées par le portrait d'une vieille femme, et pourtant... Elles esquissent le portrait de tant de jeunes filles...

Ne pas être brûlée. Ne pas être empêchée. Etre aimée. Gardée. Ne pas être ligotée, écartée. Ne pas être enfermée de l'autre côté. Se débarrasser. Ne pas être ignorée. Entendre la voix de sa mère. Marcher, bouger, avoir un lit où dormir. Entendre la voix. Parler, prononcer, répéter. Les syllabes répéter. Encore, encore. La voix est là qui existe. C'est sûr, elle a existé. Elle a grandu avec la voix. Quatre ou cinq années.

Ne pas être incendiée. Ne pas être démembrée. Abandonnée. Refusée. Ne pas être suspendue au-dessus du vide. Empaillée, rafistolée. Chercher la voix. Gratter la terre, retourner la paille. Gratter, racler, creuser. Ne pas être liquidée. Ne pas être enfermée dans le noir. Soutenir la lumière, encore un peu. Avancer, vaciller, tomber.

[...]

Ne pas être la première, la seule, l'unique. Ne pas être attendue, imaginée. Ne pas être envisagée. Ne pas être. Ne pas avoir sa place. Son carré, son lopin. Un coin où respirer. Un coin, pas un placard. Un angle avec des murs qui arrêtent le froid. Des murs qui se dressent. Des sentinelles. Des murs contre lesquels. Des murs contre lesquels reposer la tête. Reposer, déposer, oublier. Un coin pour oublier.

Ne pas vivre à côté, décalée. Ne pas vivre escamotée. Se contenter du silence, de l'absence. Ne pas parler. Oublier les mots, avoir peur des mots. Ceux qui mentent, ceux qui trahissent. Les mots qui criblent le ciel, qui salissent. Les mots sont des pièges et les phrases des labyrinthes. Ne pas prononcer, articuler. Ne pas s'aventurer dans la forêt des mots. Murmurer.

Brigitte Giraud, La Monomane de l'envie, in Passant, Aedelsa Editions, 2004.

Posté par Endomorphine à 15:58 - Cataplasme romanesque - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05 juin 2006

Cancer de la peau

Une fois n'est pas coutume, je cède aux sirènes du Romantisme...

Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,
Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie:
Ma seule Etoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie.

Suis-je Amour ou Phoebus?... Lusignan ou Biron?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine;
J'ai rêvé dans la Grotte où nage la Syrène...

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron:
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

Gérard de Nerval, El Desdichado, 1853.

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Naufrage

Ne rien faire. Ne pas être productive, surtout pas efficace, encore moins indispensable. Ca, je sais faire. Ce genre de programmes, je sais les tenir. Je suis même plutôt zêlée pour tout vous dire.
Un jour, alors que je m'extasiait sur son dynamisme et le nombre impressionnant d'activités qu'elle parvenait à mener de front, A. avait fait cette remarque: "Nous, les filles qui souffrons de TCA, nous sommes souvent hyperactives, non?" Ben je dois pas être vraiment atteinte de TCA dans ce cas. Je suis loin d'être hyperactive. Je me force à travailler, je m'impose une discipline de fer pour garder un rythme soutenu, je me prive de sommeil afin d'allonger mes journées de travail, levée aux aurores tous les matins... Mais après deux semaines à cette cadence, je m'effondre d'épuisement, et je passe une semaine à dormir, à perdre toute l'avance que j'avais réussi à prendre (dans le meilleur des cas) ou à accumuler du retard (dans la plupart des cas). Je suis une modérée, une paresseuse, une indolente, une fausse bosseuse comme il existe des fausses maigres. A force de paraître nerveuse, stressée, de courir dans tous les sens et de me plaindre que je n'ai pas le temps, l'illusion opère: on me prend pour une travailleuse acharnée, même P., qui me voit pourtant traînasser devant la télé ou faire des siestes de 3 heures. Je n'aime pas travailler. Moi, ce que j'aime, c'est lire, somnoler, rêvasser, flâner, errer, muser, m'user à ne rien faire.

Hier: musée. Avec ma mère. L'exposition Gericault. Très intéressant. Ma mère surprise de découvrir que des oeuvres si peu séduisantes puissent cacher un sens politique aussi fort. Elle m'a offert un beau livre à la sortie, puis m'a invitée dans un bouchon lyonnais. Elle m'a vraiment gâtée. Sans raison en plus (mon anniversaire, c'est en janvier, et je n'ai validé aucun diplôme). Je l'aime ma maman, je vous l'ai déjà dit ça?. Je sais pas ce que je ferais sans elle. Je fais la fille qui se débrouille toute seule, qui vit sa vie, qui n'appelle pas, mais en fait, plus d'une semaine sans l'avoir au téléphone, et je commence à paniquer. Relation plus fusionnelle que je ne veux bien l'avouer. Et ses récentes révélations n'ont pas changé grand chose à cet état de fait.
Je ne lui ai pas parlé de mes problèmes, je ne lui ai pas laissé voir ma détresse. Pourtant, en ce moment, je suis complètement déglinguée. Le doute me serre à la gorge, le blog me décourage, je m'écoeure plus vite. J'en veux aux autres, mais surtout à moi-même. Je me déteste d'être aussi nulle, et de produire un travail aussi misérable. Je me pose des questions. J'ai l'impression de buter contre un mur, de me heurter inévitablement à mon insuffisance, à ma bêtise. P. pense que le blog du festival est en train de me rendre malade, et qu'il faut que je recommence tout doucement à travailler sur mon Mémoire. Il a raison, comme toujours. Oui, ce blog qui m'enthousiasmait tant, pour lequel je me suis tant démenée, est devenu un fardeau qui m'écrase et me broie les reins. Plus il s'allonge, plus la surface qu'il présente aux critiques grandit, et plus mon moral est miné. Réagir, réagir. Rebondir. Ne pas rester sur cet échec. Transformer la boue en or, bon sang! Mais j'ai perdu la formule... Je me sens grosse, moche, risible, très conne, en dessous de tout. J'ai mal à la tête et rien envie de faire. Et si je me laissais lentement glisser dans les bras accueillants de la dépression?... Glisser, tomber, dériver, échouer, sombrer, toucher le fond, se noyer... Avec le Radeau de la Méduse en arrière-plan. J'en ai marre de lutter. Je n'arrive à rien de toutes façons. Alors, à quoi bon?

meduse

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04 juin 2006

Avancer

Journée difficile hier. Pas le moral, vidée de mon énergie, si fatiguée que je me suis endormie en salle de pause pendant ma coupure.

Certains auteurs font preuve de beaucoup de mauvaise volonté. Je suis presque obligée de les harceler pour qu'ils répondent à mon interview, alors qu'ils sont loin d'être suffisamment connus pour se permettre de se comporter en divas capricieuses. Parfois, j'en arrive à me dire que s'ils se montrent aussi réticents, c'est parce qu'ils n'ont pas envie de se "compromettre" en participant à mon projet, qu'ils jugent trop gnangnan... Et moi qui agis avec toute la bonne volonté du monde, qui me démène pour leur faire de la pub, pour permettre au public de les découvrir...
J'ai récemment reçu quelques retours. C'est assez mitigé. Enfin, mitigé vers le bas pour être honnête. Certains se montrent complètement indifférents. Pas une remarque, pas un merci, rien. D'autres modérément encourageants: "ouais, c'est pas mal fait" (dixit un copain). Je ne m'attendais pas à convaincre tout le monde, mais c'est parfois difficile de continuer à travailler en recevant un accueil aussi froid. Trop tard pour me remettre (encore une fois) en question. Le festival a lieu dans 3 semaines. Oui, je sais, mes personnages sont cucul et mes scénarios simplets. Oui, mon humour est pourri. Je ne suis pas assez créative, pas assez audacieuse, pas assez déjantée. Et je ne maîtrise pas les outils informatiques qui me permettraient de créer des montages rigolos... Mais je fais de mon mieux. Que pourrais-je faire de plus? Je n'ai plus qu'à appliquer les conseils de L.: "ceux qui te répondent, c'est bien. C'est qui ne te répondent pas, tu laisses tomber et tu avances. Soit il sont trop occupés. Soit ce sont des cons." Bon ben voilà, au moins le verdict est clair. De toutes manières, en y réfléchissant bien, je me rends compte que souvent, je n'aime pas ce que produisent certains auteurs. Je trouve les dessins nuls, les histoires à chier. Alors, on est quites finalement. La seule différence, c'est qu'eux, ils ont le droit de me snober, alors que moi, je suis obligée de les caresser dans le sens du poil et de faire des courbettes, même si je n'apprécie pas leur travail.
N'empêche que ces critiques ou cette indifférence me destabilisent énormément. Je me remets sans cesse en cause, je ne peux m'accrocher à rien de solide, je flotte. Cette instabilité permanente est extrêmement inconfortable. Impossible de construire quoi que ce soit. Je suis chaque jour un peu plus fragile. Le syndrôme du "tout ça pour ça" me prend soudain. Je vais dire un truc très con, que je ne pense pas vraiment en plus: c'était bien la peine d'arrêter les crises pour en arriver à un résultat aussi minable. Dans 3 jours, ça fera 3 mois, et où est-ce que j'en suis? Je ne vais pas pouvoir rendre mon Mémoire en juin, je ne suis pas sûre de valider mon Master 2 recherche, j'ai mis mes études en péril pour faire un blog à la con et me ridiculiser devant tous les professionnels de la BD qui regarderont le site, et parallèlement, je me suis discréditée auprès des universitaires de ma fac. Qui dit mieux?! J'ai déjà eu envie de me foutre au Rhône pour moins que ça. Mon cas me désespère. Mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de moi?...

Les doutes m'assaillent. J'ai l'impression que mes chances diminuent au fur et à mesure que mon moral baisse et que mon estime s'amoindrit. Je pense à toutes ces brillantes candidates qui ont postulé. Il faut être belle et élégante. Mais j'ai beau faire des efforts: je ne suis ni belle ni élégante. J'aime pas faire du sport, j'aime pas passer trois heures pour me faire une french manucure qui s'écaillera le lendemain, je ne supporte pas les talons hauts, j'aime les vêtements confortables et je ne suis jamais à la mode, bref, la plupart du temps, je suis sappée comme une clocharde, et je m'en fous. Je ne sors pas de la bonne école, je n'ai pas la formation adéquate, mes diplômes ne leur évoqueront rien. J'ai des atouts, ça j'en reste convaincue. J'ai le profil, aucun doute là-dessus. Je connais bien la maison, je connais bien l'esprit, je connais bien le public. Je suis adaptable, et je suis une bonne exécutante, je me calquerai sur leurs exigences. Je suis travailleuse, consciencieuse, perfectionniste; je suis prête à donner le meilleur de moi-même. Je peux apprendre à rédiger n'importe quoi. J'ai de l'ambition, j'ai des tas de projets en tête, et l'envie de faire évoluer les choses. Il faut les convaincre, il faut me vendre.
Je me répète que si je ne suis pas prise, ce n'est pas si grave après tout. C'est que je n'étais pas prête. Une histoire de destinée: je n'étais pas censée emprunter cette voie-là. Mais j'en prendrai une autre, qui me conviendra infiniment mieux. Je finirai mon Mémoire tranquillement, comme prévu, et j'enchaînerai sur un Master 2 pro, comme prévu. Pas d'impasse. Les choses iront juste moins vite, c'est tout. Ce ne sera pas une expérience perdue pour autant. Au contraire. Ca ne peut pas toujours marcher du premier coup. Et plus j'engrangerai d'expériences, plus j'aurai des chances d'atteindre mon but.
Il ne me reste juste à poursuivre mon petit bonhomme de chemin, tranquillement. Arrêter d'irradier tant de stress autour de moi, car ça a tendance à considérablement agacer les  gens.

Ma maman passe ce matin. Nous allons voir l'exposition Géricault. Pas prévu d'être plus efficace que ça aujourd'hui. Je vais me reposer un peu, j'en ai besoin. Je repartirai regonflée à bloc, car la semaine qui arrive s'annonce aussi éprouvante que les précédentes... Que ça à faire de toutes façons: continuer à avancer.

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03 juin 2006

Linge sale

Hier après-midi, grosse dispute avec P. A cause du linge.
Je suis une très mauvaise ménagère. J'ai un seuil de tolérance extrêmement élévé à la poussière et à la saleté. J'aime vivre dans le capharnaüm (une séquelle de mon adolescence, durant laquelle mettre un bazar innommable dans ma chambre constituait un véritable rempart contre les intrusions de mes parents). Je laisse volontiers la vaisselle s'entasser dans l'évier, le linge dans la panière et la crasse sur les sols. Je déteste faire le ménage, que je considère comme une perte de temps. Il s'agit de la dernière activité sur ma liste des choses à faire non prioritaires. Le boulot et les loisirs passeront toujours avant. En revanche, quand l'envie de m'y atteler me prend, je me transforme en véritable tornade blanche. Mon rejet des tâches ménagères ne repose donc sur aucune forme d'incapacité congénitale: c'est juste de fainéantise, de la désinvolture. Je sais le faire, mais je m'en fous complètement. Je pense qu'après avoir vu ma mère s'échigner pendant des années sans que mon père ne lève le petit doigt, ou sans même nous mettre, mon frère et moi, à contribution, j'ai développé une véritable répulsion à l'égard des tâches domestiques. Je refuse ce que je considère comme un esclavage. Nécessaire, inévitable, mais un esclavage tout de même. Heureusement, avec P., nous nous sommes partagé les tâches: lui le ménage, moi la cuisine, les courses et le linge. Mais  bien que je ne fasse pas tout à la maison, c'est encore trop pour moi. Je préfère m'occuper du blog, travailler, lire, etc.
Voilà plusieurs semaines que je laissais sans m'en soucier le linge propre s'entasser dans la panière et sur l'étendage. P. a pété un plomb. Ca a dégénéré en violente dispute. A bout, je me suis brusquement mise à lui hurler tout ce que j'avais sur le coeur: "Tu n'as qu'à te trouver une bonne femme qui fera le ménage. J'en ai vraiment marre que tu m'emmerdes avec ces conneries. Le ménage, tu le fais mal de toutes manières, tu nettoies jamais dans les recoins, t'enlève jamais le tartre sur les robinets, et est-ce que je te tape des crises parce que c'est pas parfaitement propre? Non. Parce que je m'en fous. Alors je vais te dire un truc: je vais me casser, ok. Parce que j'ai plus envie que tu me saoûle avec ce putain de ménage!" Pas une larme, pas un tremblement. Je pensais ce que je disais. P. le savait, c'est pourquoi il s'est aussitôt calmé. De rage, pour qu'il me foute la paix, j'ai lavé toute la vaisselle et repassé tout le linge. Et P. est allé nettoyer le tartre sur les robinets... Toutes les 10 minutes, il venait s'excuser et me faire un bisou. Je n'étais absolument pas réceptive: cette dispute m'avait vidée de toute mon énergie.

Après avoir ramenée M. de l'école, je ne suis pas rentrée à l'appart. Je me suis directement rendue au vernissage de C.A. L. et C. y étaient. Ensuite, on est allés manger dans un restaurant à la carte vraiment originale: La Cantine des sales gosses. Par exemple, au dessert, j'ai mangé une boule de glace au carambar (!) sur un fondant au chocolat avec crème anglaise... un délice! Evidemment, j'ai trop mangé: par gourmandise et par curiosité, non pas par colère ou par frustration, car je me trouvais en compagnie de deux personnes que j'adore et avec lesquelles je passais une très agréable soirée. A la fin du repas, nous étions tous légèrement pompette, nous n'arrêtions pas de rigoler. C'était vraiment génial.
Je suis rentrée à 11 heures. P. ne m'a fait aucune remarque, aucun reproche. Il m'a juste serrée dans ses bras. Il m'aime, je sais. C'est un mec bien. Mais moi, je ne l'aime pas vraiment, et je m'ennuie avec lui. J'attends que la vie m'offre une occasion de mettre fin à cette histoire. J'attends d'ailleurs trop, sans doute. Je risque d'être déçue. Mais je sens que je suis prête. Prête à saisir toutes les opportunités. Prête à quitter P., à quitter Lyon, à quitter la fac. Prête comme jamais je ne l'ai été.
Est-il possible de se sentir aussi prête et que les choses n'arrivent pas?...

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31 mai 2006

"J'ai pris de la boue et j'en ai fait de l'or" (Baudelaire)

La journée d'hier avait très très mal commencé. Des rendez-vous qui s'annulent, du retard qui s'accumule, et surtout, l'interview de P... P. est un célèbre auteur de bande dessinée. J'étais toute contente et toute fière qu'il ait répondu à mon interview, mais lorsque je l'ai lue, j'ai aussitôt déchanté... Ces réponses étaient pleines de mépris et de violence: "tes questions sont vraiment navrantes, ma pauvre", "ça m'intéresse pas de parler de ça", "ouf! cette saleté d'interview est enfin terminée!" Des coups de poignard dans le coeur, dans l'ego. Je me décomposais, phrase après phrase. J'avais de plus en plus de mal à respirer et je réprimais avec peine les sanglots qui m'étouffaient. Je ne comprenais pas, ou plutôt si, je comprenais. Ces réponses ne faisaient que confirmer mes doutes: je suis nulle, je suis une très mauvaise journaliste, mes questions sont pourries, je ne les ai pas préparées avec suffisamment de soin, et voilà, je n'ai eu que ce que je méritais, j'aurais du m'y attendre. J'ai envoyé un mail à C. en toute précipitation, complètement paniquée: "c'est juste de la provocation ou c'est moi qui suis complètement nulle?" et je suis partie à la salle de sport. J'étais épuisée et complètement désespérée, mais je me suis dit qu'il fallait que je me force à y aller. Ma journée aurait été définitivement gâchée, et mon estime de moi aurait encore baissé. De plus, rien ne vaut une bonne séance de sport pour évacuer l'angoisse  et prendre un peu de recul. Perchée sur mon stepper, j'ai donc réfléchi à la meilleure chose à faire. Devais-je envoyer une réponse à P.? Et quel genre de réponse? Si je lui renvoyais un mail courroucé, drapée dans ma dignité comme une tragédienne grecque, j'aurais l'air encore plus ridicule que je ne l'étais déjà... Devais-je la publier cette interview ou pas?... Finalement, j'ai trouvé la solution: faire de cette monstrueuse interview le clou du blog. Un épisode parodique, bien rock n'roll, un brin déjanté, avec de l'alcool qui coule à flot et des BD qui brûlent. Et une petite critique des relations presse/auteurs en filigrane. Les idées ont aussitôt commencé à affluer: j'ai su que la situation était débloquée.
Dans la vie, face à une épreuve, quelle qu'elle soit, on peut adopter 3 attitudes:
_Pleurer, se lamenter et se laisser mourir de chagrin;
_Se mettre en colère, rejeter tout les torts sur l'autre et devenir violent;
_Faire en sorte de transformer un échec ou une difficulté en morceau de bravoure. Convertir le négatif en positif, faire de l'or avec de la boue.
Pendant longtemps, je n'ai su appliquer que les deux premières méthodes. Désormais, je me force à mettre la troisième en pratique, parce que non seulement, elle permet de solutionner les problèmes, mais qu'en plus, elle me permet d'augmenter et de renforcer mon estime de moi.
En rentrant, j'ai trouvé un mail adorable de C., qui me rassurait au sujet de P.: la provocation, c'est sa marque de fabrique. Mes questions sont bien tournées, et il a du les trouver intéressantes, sinon il ne m'aurait jamais renvoyé l'interview. Il a même promis d'envoyer un dessin pour le blog!! Moi qui pensais que la vie venait de confirmer mon incompétence, finalement, elle a confirmé que ma deuxième réaction était bonne!

Mon rendez-vous avec O. n'a rien donné de spécial. Il m'a juste rassuré par rapport à mes sentiments: j'ai parfaitement intégré ce que m'a révélé ma mère. Aucun risque que mes sentiments changent vis à vis d'elle.
O. commence à m'emmerder un peu... Je déteste son attitude à mon égard. J'ai l'impression qu'il me prend pour une conne. Ce ne me plaît pas.

Hier soir, j'ai assisté à la répétition publique d'un orchestre symphonique. Un peu chaotique, forcément, mais tellement beau! Lumineux! La musique prend tout de suite une autre dimension, plus éclatante, plus foisonnante et plus harmonieuse.
Par contre, j'ai du partir avant la fin parce que je tombais de sommeil!!

Une longue journée m'attend aujourd'hui. Première étape: aller poster ma déclaration d'impôts. Pas de sport aujourd'hui, ça me dégagera un peu de temps pour le blog.


Pas de nouvelles par rapport à ma candidature. S'ils avaient été intéressés, ils m'auraient déjà recontactée... Ben oui, à quoi tu t'attendais, sans les diplômes adéquats ni expérience? Dommage. Mais au moins, j'ai tenté ma chance, et je ne suis pas pour autant coincée. Aucun regret.

Posté par Endomorphine à 08:01 - Sang - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

30 mai 2006

Journée de merde, semaine de merde, vie de merde

Un léger vague à l'âme, hier. L'impression de ne pas en faire assez, d'être mal organisée, incapable d'honorer un quelconque engagement alors que tous les autres y arrivent, eux. Les journées défilent et je me laisse complètement déborder par les événements. Le temps me glisse entre les doigts. Les journées me paraissent trop courtes, et pourtant, je ne fais rien. Je ne gère presque rien, et ce que je gère, je le gère mal. J'ai l'impression de sans cesse m'inventer des excuses pour couvrir mon incompétence, ma désinvolture, ma fainéantise. Je suis épuisée ou je me réinitie à la culture ou je fais un important travail sur moi-même. Pfff! Foutaises! Certaines personnes auraient parfaitement réussi à mener tout cela de front, le Mémoire, le festival, et tout le reste. Et moi, pourquoi je n'y arrive pas?

La réunion de l'assoc' s'est terminée tard hier soir. Il était 1 heure moins quart lorsque je suis rentrée chez moi, sous une pluie glaciale. Je me suis gavée de biscuits apéritifs, de petits fours, de charcuterie, de cerises, etc. Je n'avais même pas faim. Je n'ai pas osé me peser ce matin, de peur de plomber mon moral qui traîne déjà la patte.
Ces derniers temps, je mange beaucoup trop, et notamment, beaucoup trop de cochonneries. Je mange sans avoir vraiment faim, juste parce qu'il est l'heure et qu'il faut manger. Mais après, j'ai du mal à m'arrêter, même lorsque mon estomac commence à tirailler. La tentation d'aller me faire vomir revient me hanter.
Naturellement, j'ai pris du poids. Brutalement. Alors que cela faisait des semaines qu'il était stabilisé. Et encore, heureusement que je fais du sport régulièrement, parce que ce n'est pas un, mais 3 kilos que j'aurai pris à cause de tous ces excès!

La semaine ne commence pas spécialement bien. Ce matin, je me suis aperçue que P.B. n'avait pas répondu à mon interview, donc je ne peux pas poster l'article que j'avais prévu. En faisant le tour des interviews que j'ai à ma disposition, j'ai constaté que j'en avais assez peu finalement, entre celles que je n'ai pas pu envoyer faute d'adresse mail et celles que l'on ne m'a pas renvoyées. N.P. vient de m'envoyer un mail pour annuler notre rendez-vous de jeudi. Finalement, L. ne peut plus m'accompagner au cinéma. Je n'ai pas réussi à joindre A., ma soeur n'est pas disponible et N. est en plein partiels, donc je vais devoir aller au concert toute seule. Semaine de merde! En plus, mercredi et jeudi, il va falloir que je cours dans toute la ville pour prospecter les librairies et les lieux d'expo. Une perte de temps. Pfff... J'en ai marre. J'en ai déjà marre alors que la journée vient juste de commencer. Et puis tout à l'heure, il va falloir aller à la salle de sport, et me taper tous ces exercices chiants: rameur, exercices pour le dos, pour les bras, abdos-fessiers... Ca me saoûle rien que d'y penser.

Mon seul soulagement, c'est de retourner voir O. cet après-midi. Je vais pouvoir lui confier toute mes dernières découvertes et lui demander ce qu'il pense de la situation. C'est ma bouée de secours. J'ai parfois l'impression de ne vivre que pour ces séances. Je me force à remplir les journées qui séparent deux consultations, j'essaie de m'occuper, d'où mon flagrant manque d'efficacité, puisque le travail n'est pas ici une fin, mais un simple moyen. Toute ma vie tourne autour de mon psy...
J'ai vraiment une vie de merde.
Et le pire, c'est que je ne suis même pas sûre de tout faire pour que cette situation change. Bon, si je laisse ma mauvaise humeur de côté et que je redeviens objective: si. Je fais tout ce que je peux: je travaille sur moi, je déballe les cadavres cachés dans mes placards, je noue des contacts qui pourront peut-être me permettre de donner une nouvelle impulsion à ma vie, je commence tout doucement à me frotter au monde de l'édition... Ma candidature arrive aujourd'hui à Aix. Normalement. Mais les choses ne vont pas assez vite, et j'ai l'impression de stagner. Je trépigne sur place.
Je voudrais être guérie, je voudrais trouver un poste dans le domaine qui me plaît, je voudrais tomber amoureuse et redécouvrir la passion, le sexe, l'extase. Je voudrais bouger, partir, n'importe où. Laisser ma vieille vie ici, à Lyon, comme un serpent abandonne sa peau. Merde! J'ai de la rage plein le ventre, plein les poumons. Je suis épuisée mais j'ai la fièvre. Les dents serrées. Les yeux durs. Le souffle court. L'envie de tout foutre en l'air et de hurler. De dire merde à P. et de partir en claquant la porte. Marre d'être faible, marre d'être lâche, marre d'être constament fatiguée. Marre de n'être capable que d'une vie merdique, où tout est petit, étriqué. J'aimerais vivre en grand. Et voilà que ressurgit mon foutu orgueil, mon hubris chéri, délectable démesure, mégalomanie galopante. Mon ambition me tuera.

Posté par Endomorphine à 08:19 - Bile jaune - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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